Pourquoi des tubes ?

 

 Un peu de philosophie. Non partez pas !

 Quand je suis né, le transistor était inventé depuis à peine deux ans, quelques années plus tard je faisais mes débuts en radio avec des transistors germanium. Ces bêtes à trois pattes se contentant d' une alimentation par piles permettaient d' expérimenter à peu de frais (pas d' alimentation HT + chauffage) et surtout en toute sécurité (pas besoin de se brancher sur le secteur). Il y avait cependant quelques inconvénients : les transistors avaient bien du mal à fournir de la puissance surtout aux fréquences élevées c' est pourquoi leur seule application grand-public restait le poste portatif (que l' on appelait "transistor" par abus de langage). Ils étaient aussi plutôt fragiles, craignant la chaleur et faisant volontiers de l' emballement thermique. Il était donc logique d' utiliser un poste à lampes à la maison pour avoir un son puissant et de bonne qualité, les ébénisteries aux dimensions généreuses permettant de loger des haut-parleurs de taille respectable.

 Lorsque j' ai commencé à travailler à l' ORTF (en 1973) les tubes étaient encore très utilisés, surtout dans les émetteurs (50 KW crête à 800 MHz pour la TV, 12 KW efficaces à 100 MHz en FM et 500 KW efficaces en AM jusqu' à 28 MHz) il s' agit bien de kilowatts envoyés à l' antenne, pas de la puissance alimentation !

 Les émetteurs de cette époque dataient des années 50 et 60 ils étaient donc entièrement équipés de tubes, ainsi que les appareils de mesures utilisés pour la maintenance et tous les autres équipements (faisceaux hertziens etc...). Pour passer la 2ème chaîne en couleurs il fut nécessaire de remplacer les petits étages vidéo par du matériel récent (transistorisé) pour respecter les exigences du SECAM (bande passante et surtout uniformité du temps de propagation), la 3ème chaîne vit arriver une nouvelle génération d' émetteurs munis de transistors silicium et de circuits intégrés, seuls les étages de puissance ont des tubes : tétrodes et klystrons. Il y eut ensuite un quatrième réseau pour coloriser TF1 (les chaînes avaient reçu un nom) et le renouvellement des vieux émetteurs et des autres équipements, seuls les étages de forte puissance conservent encore des tubes et la toute dernière génération d' émetteurs en ondes moyennes sort 300 KW au moyen de 160 amplis HF équipés de 4 transistors MOS-FET chacun ! Faites le calcul ;-)

 Voilà donc pourquoi après des débuts avec le germanium je suis devenu " tubiste " puis la technologie progressant il fallait bien se tenir au courant : circuits intégrés, LSI, VLSI, microprocesseurs et numérisation totale de tout. En fait si la technologie numérique bien utilisée offre une excellente qualité, nos oreilles resteront analogiques et là je crois que seuls les bons vieux tubes sont capables de reproduire un son d' une richesse incomparable, sauf peut-être certains amplis MOS-FET haut de gamme (les caractéristiques de ces transistors ressemblent fort à celles d' une pentode, ceci explique peut-être celà). Le débat sur le son des tubes étant aussi vieux que .... le transistor ;-) on ne va pas le relancer maintenant mais ma conviction est que le transistor n' est qu' une étape intermédiaire de la technique qui a permis d' aller vers une intégration de plus en plus poussée pour aboutir à la technologie numérique qui est capable de nous donner le meilleur comme le pire.

  Enfin, ne dit on pas que si les tubes avaient été inventés après le transistor on aurait fait un énorme progrès ?

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